Corot Jean Baptiste Camille, La Marne à Château-Thierry

La Marne à Château-Thierry, vers 1855-1860

Huile sur toile, H. 0.22 m ; L. 0.37 m

Signée en bas à gauche : COROT

Provenance : Collection L. Lhermitte (en 1905)
Collection privée, France

Bibliographie :

Robaut, L’œuvre de Corot, catalogue raisonné et illustré, Paris, 1905, t. II, p. 312, no. 1015 (ill.).

Galerie Schmidt, Jean-Baptiste Camille Corot dans les collections privées : peintures-dessins, cat. exp. 24 avril-9 juillet 1996, no. 33 (ill.).

D’un point de vue rétrospectif, on a tendance à faire de Corot le précurseur de l’impressionnisme(1). Pourtant, Corot est un incontestable classique qui a un côté réaliste et laisse parfois entrevoir certaines tendances romantiques. Dans son œuvre, l’artiste unit la notion de beauté classique à celle de vérité et de sentiment.

Comme Chardin avant lui, Corot souligne l’importance du sentiment dans la création artistique. Ainsi, il conseille à ses élèves : « Le beau dans l’art c’est la vérité baignée dans l’impression que nous avons reçue à l’aspect de la nature. Je suis frappé en voyant un lieu quelconque. Tout en cherchant l’imitation consciencieuse, je ne perds pas un seul instant l’émotion qui m’a saisi. Le réel est une partie de l’art ; le sentiment complète. Sur la nature, cherchez d’abord la forme ; après, les rapports ou valeurs de tons, la couleur et l’exécution ; et le tout soumis au sentiment que vous avez éprouvé. »(2)

Après la mort de son premier maître Achille-Etna Michallon (1796-1822), Corot passe trois années dans l’atelier de Jean-Victor Bertin (1767-1842). Ce dernier lui transmet la conception du paysage classique qu’il a lui-même reçue de Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819). Ainsi, Corot apprend à travailler sur le motif pour composer ensuite, en atelier, des paysages qui servent de décor à une action historique, biblique ou mythologique.

La peinture en plein-air a été pratiquée par les peintres de paysages historiques depuis le XVIIIe siècle. Les études peintes par Corot lors de son premier séjour en Italie, entre 1825 et 1828, nous frappent par leur verve et leur modernité. Il faut se rappeler que ces petites études n’étaient pas destinées à être montrées au public. Après 1835, la notoriété de Corot s’établit non pas par ces esquisses, mais par ses compositions élaborées qu’il envoyait au Salon.

C’est à l’occasion du mariage de son neveu Léon Chamouillet, en juin 1856, que Corot se rend pour la première fois à Château-Thierry, dans l’Aisne. Par la suite, il séjournera chez lui à plusieurs reprises, notamment en avril 1863. Corot y réalise un certain nombre de toiles, notamment cinq vues d’ensemble de Château-Thierry datées par Alfred Robaut des années 1855-1865(3). La palette argentée de notre tableau est tout à fait typique des œuvres réalisées par Corot après 1850. Robaut répertorie notre toile et la date de 1855-1860(4).

  1. Déjà Zola voyait en Corot le premier peintre à avoir rompu avec le paysage classique hérité de Poussin, pionnier de la peinture de plein air et du “sentiment vrai […] de la nature” (Emile Zola, Mon Salon. Les paysagistes, 1868).[]
  2. A. Robaut, Etienne Moreau-Nélaton, L’œuvre de Corot : catalogue raisonné et illustré, Paris, 1905, t. I, p. 72.[]
  3. A. Robaut, L’œuvre de Corot : catalogue raisonné et illustré, Paris, 1905, t. III, no. 1016 à 1020.[]
  4. A. Robaut, L’œuvre de Corot, catalogue raisonné et illustré, Paris, 1905, t. II, p. 312, no. 1015 (ill.).[]
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