Duez, Portrait de jeune femme élégante
Ernest-Ange Duez (1843-1896)

Portrait de jeune femme élégante, 1881

Huile sur panneau, H. 0.24 m ; L. 0.19 m

Signé et daté en bas à gauche : E. DUEZ. 1881

Provenance : Collection privée, France

Grand admirateur d’Edouard Manet, Duez est un peintre de la modernité. Ses œuvres, peu nombreuses, sont proches de celles d’Henri Gervex, de Jules Bastien-Lepage et d’Alfred Stevens. À 27 ans, il entre à l’Ecole des Beaux-Arts, d’abord chez le peintre réaliste Isidore Pils, puis dans l’atelier du portraitiste Carolus-Duran. Chez ce dernier, Duez rencontre les artistes américains James Whistler et surtout John Singer Sargent, qui fera un portrait de lui en 1884 (Montclair Art Museum, New Jersey). Leurs ateliers sont voisins, boulevard Berthier à Paris, et ils côtoient le même cercle d’amis réunissant le musicien Gabriel Fauré, les écrivains Zola et Maupassant et le peintre Roger Jourdain.

À partir de 1868, Duez expose régulièrement au Salon, où il débute avec des compositions religieuses. Lors du Salon de 1874, Duez obtient son premier grand succès avec l’allégorie réaliste Splendeur et misère d’une courtisane(1) et gagne une médaille de troisième classe. Son triptyque représentant la vie obscure de Saint Cuthbert (Paris, musée d’Orsay), qu’il expose au Salon de 1879, est récompensé par une médaille de première classe. Cette reconnaissance va lui ouvrir la porte des commandes publiques. Ainsi, il réalise des panneaux décoratifs pour l’Opéra et participe à la décoration de la Sorbonne (Virgile s’inspirant dans les bois, 1888), de l’Hôtel de Ville (La Botanique et La Physique, dessus de porte pour le Salon des Sciences, 1892) et de l’Assistance publique (L’heure de la tétée à la maternité, 1895).

À partir de 1877, Duez passe ses étés à Villerville, village sur la côte normande près de Trouville, où il peint sur le motif des scènes de plage alors si délicieusement appréciées. Tout en conservant une technique précise et un art descriptif, l’artiste s’oriente vers une peinture plus lumineuse et impressionniste. Si le paysage marin de Villerville lui sert essentiellement de prétexte à des scènes de genre mondaines, Duez ne reste pas insensible au monde de la pêche et représente également la dureté du métier des pêcheuses. Lors du Salon de 1886, il expose Vieille Pêcheuse (musée municipal de Melun), qui révèle son don d’observateur et de compréhension quant à la psychologie de son modèle. Duez réalise également des scènes de genre, qui sont souvent très originales et frappantes, comme Au restaurant Le Doyen (1878), d’une étonnante audace de composition (voir illustration).

Dans les années 1880, Duez s’oriente vers le portrait et commence notamment une série de représentations de peintres de son temps en costume de travail. Ainsi, il expose au salon de 1881 le Portrait du peintre Ulysse Butin (Paris, musée d’Orsay) et le Portrait d’Alphonse de Neuville (Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon).

Duez avait également une activité de graveur et d’illustrateur de livres. En 1889, il participe aux illustrations de La terre d’Émile Zola et en 1892, il illustre Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Artiste talentueux capable de s’attaquer à tous les genres, Duez fera finalement du paysage son thème de prédilection et emporte le plus grand succès avec ses paysages marins peuplés d’élégantes Parisiennes.

En 1890, il est avec Puvis de Chavannes, Rodin et Meissonier, l’un des fondateurs de la Société Nationale des Beaux-Arts. Duez meurt brutalement d’une hémorragie cérébrale le 4 avril 1896 au cours d’une promenade à bicyclette en forêt de Saint-Germain-en-Laye, en compagnie de son ami Roger Jourdain.

  1. Il s’agit d’un diptyque. La version de Splendeur présentée au Salon de 1874 est aujourd’hui conservée au musée des Arts décoratifs et une répétition du tableau se trouve au musée Carnavalet, Paris. Splendeur a été gravé à l’eau forte par Duez en 1878. On ignore ce qu’est devenu son pendant Misère.[]
PDF