Balke Peder, Le Mont Stetind, Norvège
Peder Balke (1804-1887)

Vue du Mont Stetind, Norvège, 1845-1850

Huile sur panneau, H. 0.1 m ; L. 0.13 m

Provenance : (Probablement) Fredrik Baltzar Psilanderhjelm (1806-1905), Suède
(Probablement) son fils Fredrik Carl Psilanderhjelm (1846-1918), Suède
Son fils l’avocat Fredrik Torsten August Psilanderhjelm (1884-1935), Suède
Sa soeur, Louise Sofie Eriksson (1883-1966), née Psilanderhjelm, Suède
Par descendance jusqu’en 2009
Collection privée

Notre peinture, l’un des tableaux de dimensions réduites de Balke les plus marquants, a probablement été réalisée entre le milieu et la fin des années 1840. C’est l’une de ses premières représentations connues d’un sujet pris du nord de la Norvège peint sur un petit format et peut-être sa première œuvre connue dans laquelle sa technique non-conformiste de ses dernières années se laisse percevoir. Au cours des années 1850-1870, Balke a produit un certain nombre peintures de petit format, jamais plus grandes qu’une carte postale, de sujets pris du nord de la Norvège, qui sont devenus la marque de son art.

La montagne de Stetind est un thème récurrent dans les tableaux de Balke, qui cherchait à mettre en avant la supériorité écrasante de la nature sur l’Homme. Peut-être son plus célèbre tableau, représentant cette imposante et redoutable montagne, est actuellement conservé au Musée national de l’art à Oslo.

L’artiste s’est également fait photographier avec cette peinture sur son chevalet. Stetind, 1392 mètres d’altitude, se situe au bas de Stefjorden, environ 80 km au sud-est de Narvik. En 2002, elle a été classée montagne nationale de Norvège.
Peder Balke est l’une des figures les plus extraordinaires et originales de l’histoire de l’art norvégien. Ses tableaux sont remarquables par leur conception épurée de la forme, leur force d’empathie avec la nature, leurs couleurs monochromes et leur technique picturale. En avril 1832, Balke entreprit un voyage en mer vers le nord de la Norvège. Les impressions
qu’il a recueillies au cours de ce voyage ont énormément influencé son attitude vis-à-vis de la nature et le développement de son art. Bien plus tard dans sa vie, Balke résuma l’importance de ce voyage pour lui. Il écrivit :

« Aucune plume ne saurait décrire l’impression spectaculaire et enchanteresse produite sur l’œil et l’esprit par l’abondance des richesses naturelles et les situations incomparables, une impression qui non seulement m’envahit aussitôt, mais aussi eut une influence décisive sur
l’ensemble de ma vie, en ce sens que je n’ai jamais, à l’étranger comme ailleurs dans notre pays, eu l’occasion de voir quoi que ce soit de tout aussi exaltant et inspirant que ce que j’ai vu lors de ce voyage dans le Finnmark ; car dans ces régions au nord, la beauté de la nature occupe le devant de la scène, tandis que les êtres humains, ces enfants de la nature, de toute évidence ne jouent qu’un rôle secondaire. »

Marit Ingeborg Lange, “Peder Balke – Kings‘ Painter and People’s Friend”, Un peintre norvégien au Louvre. A Norwegian Painter in the Louvre, Oslo, 2006, p. 31.

En 1829, Balke avait rejoint l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm, où il visita régulièrement l’atelier de Carl Johan Fahlcrantz (1771-1861), le plus grand peintre paysagiste de Suède de son époque. Après son voyage dans le nord de la Norvège, Balke retourna à Stockholm et produit un certain nombre de peintures à partir de ses nouveaux croquis, dont de nombreuses ont été vendues aux membres de la famille royale et à des particuliers. Ces tableaux sont aujourd’hui inconnus. Il est possible que Fahlcrantz ait encouragé Balke à entreprendre ce voyage. En 1827, ce dernier avait traversé le centre du pays, exécutant un nombre de dessins qu’il développa à son retour en peintures. Le peintre allemand Christian Ezdorf (1801-1851),
qui a également étudié à Stockholm sous Fahlcrantz, a peut-être aussi inspiré Balke à entreprendre ce voyage. Deux de ses tableaux réalisés à partir de croquis de son voyage à travers la Norvège, montrant le Cap Nord et la forteresse de Vardø, ont été achetés par le roi Carl Johan et accrochés au Palais de Rosendal à Stockholm, où Balke les vit en 1829. En 1835, Balke s’est rendu à Dresde où il rencontra Johan Christian Dahl et Caspar David
Friedrich. La vision du paysage de Balke, aussi originale soit-elle, découle en grande partie de ses souvenirs de l’œuvre de Friedrich. De ce dernier, il a adopté les compositions symétriques et frontales et l’organisation des éléments sur des plans horizontaux de plus en plus lointains. Toutefois, les deux artistes étaient très différents. Tandis que Friedrich s’efforçait de représenter les moindres détails avec précision et réalisme, Balke développa un style de peinture audacieux et libre.

Dans ses œuvres des années 1830-1840, peintes sur de plus grands formats, Balke applique une peinture assez épaisse et les zones claires avec empâtement. Dans les années 1850, il affine et simplifie sa technique afin de mettre en avant le caractère expressif de son art. Il utilise une couche de fond blanche, de préférence d’un type émaillé et lisse, et applique sur cela des couleurs diluées. Puis, à l’aide de chiffons, de pinceaux grossiers ou de ses doigts, il retire ou forme la peinture humide de telle sorte que le fond blanc brille à divers degrés, non sans rappeler le marbrage. Puis il trace le contour des formes principales à travers d’audacieux mouvements de balayage. Le fond blanc devient l’élément unificateur, comprenant non seulement les parties claires du tableau, mais en suggérant aussi la profondeur.

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